
Plus le temps passe... plus je me sens éloigné de ce qu'on appelle les "metalleux". Le metal, cette musique extrême, a complètement changé ma vie en l'espace de quelques années. Elle m'a donné un sens, une passion, une identité, un motif pour me lever le matin, un but. Elle a parfois été le seul moteur de mes journées. Elle m'a poussé à m'intéresser à la musique elle même, dans ses recoins les plus improbables. Ooooh que oui, j'aime cette musique, je la respecte énormément. Et pourtant... plus le temps passe, plus mon regard sur mes "congénères" headbangers, membres de la "scène", est amer.
Au fil de mes nombreuses recherches, motivé par une envie de comprendre, une envie de connaitre les moindres recoins de cette musique que j'aime tant, j'ai pu arriver à établir un profil type du metalleux des 80s/90s, cet espèce de paria réfugié dans l'underground juste avec sa passion pour moteur, sans aucune autre raison qu'il AIME ça. Pas de cours de musique, pas de destin tracé, rien... il aimait juste ça. Et pourtant, on sentait un fond bien plus riche dans ces musiciens, ces headbangers, ces éditeurs de zine, quelque chose qui les animait, pas seulement leur dévouement au metal : ils faisaient réellement partie d'un autre monde. Des gens de tous horizons, de toutes classes, un incroyable melting pot motivé par une seule et même raison : la musique, une en particulier. Tous ces profils différents réunis dans une scène, devenant extrêmement riche au fur et à mesure que le temps progressait et que ses acteurs progressaient. Vraiment, cette scène là, la fameuse scène old school, me fait rêver. Comme une putain d'utopie. Non pas parce que "c'était mieux avant de toutes façons", non : simplement parce que cette scène là, à cette époque, pouvait réellement se targuer d'être anti-conformiste. Hors du monde, et pourtant tellement représentatif, tellement proche de ce monde là. On le voit désormais avec le retour du old school sur le devant de la scène : les vieux briscards du metal old school sont humainement bien plus intéressants que la plupart des nouveaux metalleux, ceux qui prétendent jouer cette musique "uniquement pour se faire plaisir". Peuh.
Le metalhead des années 2000. Je suis sensé en faire partie. Moi aussi, j'ai découvert cette musique au début de l'explosion du net. Moi aussi, j'ai fait mes premières armes sur du néo-metal télévisé (pour d'autres, c'est Marylin Manson). Et pourtant, j'ai une nette impression de fossé entre eux moi.
Le metalhead 2009 est constamment habillé en noir. Il porte de nombreuses babioles telles pendentif mjollnir, bracelets de cuir, pantalon clouté, new rocks ou rangers impeccablement cirées. Parfois, il ose le bas de treillis. Il se laisse pousser le bouc, et prétendra parfois faire ça en hommage à Anton LaVey. Il se trouve soudainement passioné par les pays nordiques et surtout la Norvège, allant parfois jusqu'à se déclarer païen. Enfin, "Pagan". Il se découvre un goût pour les ages sombres, pour le moyen âge, le même qui, au collège, dormait pendant les cours d'histoire. De même, l'image clichée des vikings commence à lui plaire. Il trouve ça cool, plus que ces racailles à deux sous qui idolâtrent des gangsta de la west coast. Plus le temps passe, plus il ose les babioles : bagues armures, plus de bracelets.... Le net étant ce qu'il est, son budget babioles/merch dépasse le budget disques. De toutes manières, il reste bloqué sur quelques groupes... seul le pagan et le black sont les vraies bonnes formes de metal. Le death metal ça défoule, c'est pratique, le brutal death aussi, en plus ils savent super bien jouer. Il s'achète une authenticité, une marque de "trueness", en prétendant écouter Iron Maiden, Judas Priest ou Metallica (voire Guns'n'roses). Il chie ostensiblement sur son passé néo, ou, pour être "non-conformiste"; dira qu'il les apprécie vraiment encore maintenant, que ça lui rappelle sa jeunesse... Parfois, il prétendra écouter du gothique et du power : ça, c'est pour emballer de la gothopouffe. Du moins, c'est ce qu'il prétendra quand on lu ifera remarquer son disque d'Epica qui trône dans sa maigre collection. Un disque bien usé d'ailleurs.
Il se croit mélomane. Il croit faire partie d'une élite musicale, que le metal est d'une richesse sans fin, comparable au classique, et qu'on y trouve par exemple des guitaristes encore meilleurs que Jimi Hendrix. Il suit à la lettre les recommandations des webzines, qui se foutent très largement de sa gueule, mais il ne le remarque même pas. De toutes façons, c'est que des amateurs. Hard'n'heavy, metallian, sont plus fiables. Et puis y'a de supers adresses de mail-orders metal : ça facilite l'achat de babioles estampillées "Trve Metalhead". Headbanger ? connais pas le terme. Il titille sa fibre musicale en disant adorer le classique... il ne sait citer que Mozart. Il pense que le death metal n'est que blast beat et voix très graves, mais ne sourcille pas quand il lit dans metallian que Death et Dismember, dénué des deux, en sont. C'est metallian qui le dit, ça doit être vrai...
Totalement insoucieux de l'histoire de sa musique, il ne se fie qu'aux légendes. Varg Vikernes par exemple. Un grand homme, même si c'est un meurtrier nazi. L'admirer, c'est un signe de rebellion. La preuve, tous les metalleux l'admirent... Parfois, on l'entendra dire qu'il adore la scène brésilienne... mais il ne sera capable de citer, au mieux, que Sepultura et Angra. Son metal est propre, bien produit, bien marketé, a l'image impeccable et bien travaillée. Il n'aime pas les mauvaises prods, ça fait pas pro. Ou true black, et là c'est cool parce que c'est le style. Comme Darkthrone ! Mais au fait, et le reste de ses goûts ? Il se prétend ouvert d'esprit après tout... Ses goûts hors-metal se résument à quelques classiques du rock (hard !). Type AC/DC. Parfois il écoute les side-project pagan/ambient/autres de ses groupes favoris. Il se sentira ouvert, aux écoutes variées. On entendra certains prétendre adorer le jazz, une autre musique d'élite. Ces mêmes qui ne sauront citer, au mieux, que Miles Davis et John Coltrane.
Il retrouve sa tribu a un concert de Behemoth... Tous ont sorti leur plus beaux bracelets à pointes. Chacun affiche son mjollnir, Catharsis666 a même sorti son armure de cuir et ses nouvelles new rock. C'est une excellente occasion de se biturer à la bière et de hurler metal. Sans oublier d'aller pogoter. Le plus chanceux pourra même choper une gothopouffe. Il a sorti son corpse paint pour ça. On discute derniers achats, derniers groupes cool, comme Obscura par exemple, ou du dernier Destinity. Le deatheux de la bande dira qu'il a adoré le dernier Waking The Cadaver et se fera insulter par ses pairs black-metal-friendly. Le concert commence... Les premières parties sont totalement ignorées : on est là pour Behemoth, un des meilleurs groupes de tous les temps. Black metal !!! Le stand de merch est submergé. Bizarrement, très peu de CDs sont vendus, mais le stand de tshirts, bonnets, strings, est dévalisé. Oui, même les strings. Metal jusqu'au lit.
Il est metal. Il l'affichera partout. Exhibitionniste, fier de sa tribu, élitiste.... il est le Metal. Il est UnderGround. Non-conformiste. Un paria de la société.
Un paria ?
Vraiment ?
Allons-donc...
Sommes-nous vraiment des parias quand on devient la cible d'une industrie ? Sommes-nous des parias quand des stratégies de marketing professionnelles arrivent à nous toucher ? Sommes-nous anti-conformistes quand chacun d'entre nous a les mêmes goûts et les mêmes idées, malgré une différence certaine avec celles de la masse ? Sommes-nous des parias quand nous obéissons à des clichés incroyables mis en place par des gens qui ne connaissent pas "notre monde" ? Sommes-nous rebelles quand n'importe qui comprend qui nous sommes et comment nous fonctionnons ? Sommes-nous hors de la société quand on trouve toute une ligne de bijoux, de fringues sophistiquées, de décorations, de catalogues dédiés à notre "culture" ?
Le metalhead des années 2000 est un putain de produit de consommation. celui qui, à 40 ans, paiera tranquillement ses factures, regardera le foot le dimanche et s'écoutera de temps en temps, en bagnole quand il est seul, les disques de sa jeunesse. On lui vend une parfaite panoplie du metalleux, on lui vend une identité, on lui façonne une image grand public qui le rendra rebelle, mais pas trop, c'est à dire encore acceptable par ce monde qu'il dit rejeter. On lui vend sa rébellion, et il devient l'espace de quelques années le même rebelle que celui qui le faisait rêver sur son écran d'ordinateur. Ses goûts sont formatés et façonnés par une nouvelle industrie insidieuse, combattue tant bien que mal sur cette nouvelle terre qu'est internet, par des gens encore sincères qu'on accuse d'être des vendus sous des prétextes fallacieux, en oubliant bien évidemment que ces gens là ne sont pas ceux qui façonnent les goûts du metalhead de base, juste de vrais passionnés intéressants. Le metalhead des année 2000 n'est pas un paria hors du monde : il n'est qu'un putain de clampin lobotomisé de plus. Les stratégies marketing myspace, buzz, gros titres, fonctionnent sur lui autant que sur la pouffiasse trépannée à M6. Les moyens sont juste différents. Plus besoin d'être effectivement bon pour attirer le metalhead : du buzz, procurer une sensation de tribu, d'underground, suffit. La musique est passée au second plan, alors qu'elle était le seul moteur d'une scène qui devenait très riche.
D'aucuns diront, "mais ça a pas changé depuis 30 ans, c'était pareil avant". Humainement, peut être. Je n'ai pas connu cette période, je ne peux pas dire. Mais... est ce que, pour ne citer qu'eux, Morbid Angel ou Exodus ont été mis sur un piédestal par des campagnes de pubs, des buzz agressifs, un marketing pensé et un ciblage de public ? Est-ce que Slayer voulait précisement jouer pour les thrashers ou jouait simplement son style ? Est-ce qu'Entombed a décidé de s'attirer le marché des fans de pantera en tournant death'n'roll ? Est-ce que Celtic Frost a sciemment pensé qu'ils feraient du dark occulte pour vendre et attirer les ex-fans de Venom (qui pour le coup est un contre-exemple, haha. Ca n'enlève pas qu'eux au moins, savaient écrire un morceau.)
Le pire dans cette nouvelle scène, est que le motif n'est même pas l'argent. On arrive à être corrompus même sans ce but avare. Non. On veut de la notorité. On veut poser. On veut s'afficher. S'exhiber. Les 15 minutes de gloire quoi. La forme est très travaillée (voir le myspace). Le fond est vide. On le touche d'ailleurs, et plus le temps passe, plus on creuse.
Metalleux modernes : vous n'êtes ni rebelles, ni anti-conformistes. Vous êtes des putain de marionnettes qui marchez au pas avec ceux que vous tentez de refuser. Je n'ai plus rien à voir avec vous.
Tout en noir, drapeau de la Norvège, babioles métalliques, gothopouffe, signe "METAAAAL", attitude de rebelle, pose incroyable.... Finalement, le truc le plus true metal là dedans, c'est la blackette dans le fond qui ruine la pose des deux boulets. EPIC FUCKING WIN.Pfiou, ça défoule. Allez hop, finissons sur une note un peu sérieuse et bien sûr, du son !
Ce samedi, je rejoins enfin mes potes de Necrowretch à la deuxième guitare. Leur nouvelle démo est en préparation et putain de bordel de merde : elle va être mille fois meilleure que la précédente. Necrowretch c'est quoi ? Ce sont des mecs qui sont obsédés par les débuts du death metal, et plus particulièrement la scène suédoise rendue assez populaire depuis le bouquin de Daniel Ekeroth (le meilleur bouquin sur le metal écrit à ce jour, en attendant Only Death Is Real. Très dommage qu'il soit si limité). les Necro suivent particulièrement l'excellent revival death old school qui a lieu en Suède ces temps ci, aves les Katalysator, Bastard Priest et autres Morbus Chron, et faut dire qu'ils sonnent vraiment dans la même veine que ces gars là, avec UN truc en plus : le PUTRIDE. Necrowretch semble suivre la tendance du revival old school français qui commence ENFIN à prendre : malgré les influs très suédoises (les démos de Dismember, Nirvana 2002, et Nihilist plus particulièrement, ça s'entend), il y a une putain de noirceur, quelque chose de sombre, de dégueulasse et vomitif dans leur death, un peu dans la veine d'Autopsy mais en carrément différent (la voix joue pas mal : Robert Senneback powa !). Ca fait longtemps que j'ai envie de jouer avec ces gars là, ça va me faire un bien fou, vu que BHR bat de l'aile. Allez donc les écouter, ils le méritent carrément, et attendez la nouvelle démo qui va faire très très mal aux fans de death old school :
http://www.myspace.com/vladrituals
Enfin, pour le son du jour, pas de délires au synthé cette fois : j'ai choisi de faire partager un petit enregistrement de répète de Bizarre Hacking Ritual, datant de mars dernier, quelque chose comme ça. Le son est pas top et la voix est manquante mais on se rend bien compte du style du groupe : du Repulsion, beaucoup de vitesse et un brin de technique, ça donne Bizarre Hacking Ritual. Attention, ça va vite !
Avec un peu de chance, on pourrait rejouer d'ici septembre, et cette fois, hors de question de retarder une éventuelle démo. Depuis le temps que ça me travaille, je jure qu'on aura du son avant la fin de l'année 2009, foi de geek !
Sur ce, je vais dormir, je vous laisse avec Ultimo Dragon qui vous mettra un moonsault dans la gueule. Ca équivaut à peu près à une demie-démo de Xysma en terme de violence.




Excellent article, pas grand chose à ajouter...
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